Guide pédagogique
Créer un bon quiz de cours : ce que dit la recherche
Un quiz en classe n’est pas d’abord un jeu : c’est un dispositif de rappel et de rétroaction, deux des interventions pédagogiques les mieux documentées. Ce guide explique ce qui fait qu’une question fait apprendre, et donne une méthode pour écrire un quiz de dix questions en une heure.
Pourquoi le quiz fait apprendre, et pas seulement vérifier
L’intuition la plus répandue veut qu’un quiz mesure ce qui a été appris ailleurs. C’est très incomplet : aller rechercher une information en mémoire consolide cette information davantage que la relire. C’est l’effet test, ou effet de pratique de récupération. L’expérience de référence est celle de Roediger et Karpicke (2006) : des étudiants qui relisent un texte obtiennent de meilleurs résultats à très court terme, mais ceux qui se sont testés dessus les dépassent nettement une semaine plus tard. La relecture donne l’illusion d’apprendre ; le test fait apprendre.
Deux conséquences en découlent. La première : un quiz de trois questions en ouverture de séance, sur le cours précédent, n’est pas du temps perdu sur le programme, c’est un acte d’apprentissage. La seconde : ce n’est pas la note qui agit, c’est la récupération. Un quiz sans enjeu produit l’essentiel du bénéfice, et d’autant mieux que les étudiants osent se tromper.
Évaluation formative et rétroaction
L’autre pilier est la rétroaction. Dans la synthèse conduite par John Hattie sur les facteurs qui influencent les apprentissages, la rétroaction et l’évaluation formative figurent parmi les interventions à effet élevé, devant la plupart des dispositifs pédagogiques courants. Black et Wiliam (1998), dans leur revue devenue classique, montraient déjà que l’effet est particulièrement marqué chez les étudiants les plus faibles.
La condition, souvent oubliée, est que la rétroaction porte sur la tâche et sur le processus, pas sur la personne. L’histogramme projeté s’y prête : au lieu de « seulement un tiers d’entre vous a trouvé », dites « la moitié de la salle a choisi la réponse B : voyons pourquoi elle est tentante ». La première formulation juge, la seconde enseigne. Et pendant qu’on commente les mauvaises réponses, on ne commente pas le classement.
Références citées en texte, sans lien : Roediger & Karpicke (2006) sur l’effet test, Black & Wiliam (1998) sur l’évaluation formative, les synthèses de Hattie sur les tailles d’effet.
Une bonne question interroge une idée, pas un mot
La question la plus fréquente est aussi la moins utile : celle qui teste la mémorisation d’une définition littérale. On peut y répondre en reconnaissant la formulation du cours sans avoir rien compris — et la rater tout en maîtrisant la notion, parce qu’on l’aurait dite autrement.
Préférez trois familles de questions :
- Appliquer à un cas. « Dans la situation suivante, quelle règle s’applique ? » plutôt que « quelle est la définition de la règle ? »
- Repérer une erreur. Un raisonnement en trois lignes, dont une est fausse : laquelle ?
- Choisir entre deux interprétations. Deux lectures défendables d’un même document, d’un même résultat, d’une même donnée.
Un critère de tri très simple : une bonne question de quiz est une question dont vous ne connaissez pas d’avance la répartition des réponses. Si vous savez déjà que 95 % de la salle va répondre juste, elle ne vous apprendra rien ; si le résultat vous rend curieux, elle est probablement bonne. Une contrainte de forme, enfin : l’énoncé doit tenir sur l’écran d’un téléphone. Deux lignes d’énoncé, des réponses de cinq à huit mots.
Les distracteurs sont la moitié du travail
Une mauvaise réponse tirée au hasard n’apprend rien à personne : ni à l’étudiant, qui l’écarte sans réfléchir, ni à vous, qui n’apprenez rien de l’histogramme. Un bon distracteur correspond à une erreur réelle : la confusion entre deux notions voisines, l’inversion de deux termes dans une formule, l’application d’une règle hors de son domaine, le raisonnement qui s’arrête une étape trop tôt.
Où trouver cette matière ? Dans ce que vous corrigez : vos copies d’examen, les questions posées en TD, les erreurs que vous signalez chaque année au même moment. Vos distracteurs sont déjà écrits par vos étudiants. L’histogramme devient alors un outil de diagnostic : quand 40 % de la salle choisit la réponse C, vous savez quelle confusion corriger, et combien de personnes sont concernées.
Deux pièges : la bonne réponse systématiquement plus longue et plus nuancée que les autres — les étudiants le repèrent en trois questions — et les distracteurs invraisemblables ajoutés pour remplir les quatre cases. Trois réponses crédibles valent mieux que quatre dont une est décorative.
Régler le temps et les points
Le temps par question se choisit entre 5 et 240 secondes. Trois repères suffisent : vingt secondes pour du rappel factuel, trente à quarante-cinq secondes pour une question qui demande de lire un énoncé et de choisir, soixante à quatre-vingt-dix secondes dès qu’il faut calculer, lire un graphique ou raisonner en plusieurs étapes. Comptez toujours plus large qu’il ne vous en faudrait à vous : vous connaissez la réponse.
Les points valent 0, 1000 ou 2000. En mode classique, ils sont dégressifs : plus la réponse arrive tôt, plus elle rapporte. C’est motivant et c’est ce qui donne son rythme au quiz — mais cela désavantage les étudiants qui réfléchissent avant de cliquer. D’où une règle simple : dès qu’une question demande du raisonnement, passez en mode précision. Chaque bonne réponse y vaut un point, la vitesse ne compte plus, et le chrono peut même être désactivé. Les points à 0, enfin, conviennent à la question de sondage, celle qui n’a pas vraiment de bonne réponse et sert à ouvrir une discussion : elle ne pollue pas le classement.
Où placer le quiz dans la séance
Trois emplacements, trois fonctions distinctes :
- En ouverture, sur la séance précédente. C’est du rappel espacé, le meilleur rapport entre temps investi et effet obtenu. Trois questions, deux minutes.
- Au milieu, juste après une notion difficile. C’est un point de décision : selon l’histogramme, vous avancez ou vous reprenez.
- En clôture. C’est une mesure et un point de départ pour le travail personnel : le lien de révision devient le support de la semaine.
Les trois dans la même séance, c’est trop : le dispositif s’use et le temps de cours n’est pas extensible. Choisissez-en un et tenez-le comme un rituel : c’est la régularité qui produit l’effet, pas l’intensité.
Après la partie
Interpréter les résultats
Le taux de réussite d’une question ne se lit pas comme une note : il se lit comme un diagnostic, et parfois comme une critique de la question elle-même.
| Taux de réussite | Ce que cela signifie | Ce qu’il faut en faire |
|---|---|---|
| Plus de 85 % | La notion est acquise, ou la question est trop facile : elle ne discrimine rien. | Gardez-en une en ouverture, comme mise en confiance. Remplacez les autres. |
| Entre 40 et 70 % | C’est la zone la plus informative : la question sépare ceux qui ont compris de ceux qui hésitent encore. | Conservez-la, et commentez le distracteur le plus choisi : il désigne la confusion à traiter. |
| Moins de 35 % | Soit le point n’est pas acquis du tout, soit — et c’est fréquent — la question est mal formulée. | Relisez la question avant d’accuser la classe. Le rapport isole ces questions pour vous. |
Faites défiler le tableau horizontalement pour voir toutes les colonnes.
Un cas mérite une attention particulière : une question dont le taux de réussite est inférieur au hasard. Avec quatre réponses, le hasard donne 25 % ; descendre à 15 % n’est pas de l’ignorance, c’est une erreur systématique — vos étudiants appliquent tous la même règle fausse. C’est le résultat le plus précieux qu’un quiz puisse vous donner. Le rapport détaillé et l’export en tableur sont décrits sur la page fonctionnalités.
Méthode
Écrire dix questions en une heure
La rédaction d’un quiz paraît coûteuse parce qu’on croit devoir partir de zéro. On ne part jamais de zéro.
Ouvrez vos trois derniers sujets d’examen (15 minutes)
Les questions y sont déjà, formulées et calibrées. Repérez celles qui portent sur une notion centrale et tiennent en deux lignes : une question d’examen en quatre parties donne souvent trois bonnes questions de quiz.
Écrivez la bonne réponse, puis trois erreurs réelles (25 minutes)
Pour chaque question, notez la réponse attendue, puis trois erreurs que vous avez effectivement lues en copie. Si vous n’en trouvez que deux, faites une question à trois réponses : c’est mieux qu’un distracteur inventé.
Saisissez le tout dans le modèle de tableur (15 minutes)
Une ligne par question : l’énoncé, les réponses, le temps, la bonne réponse. Écrire dix questions dans un tableur va plus vite que dix passages dans un formulaire, et le fichier vous reste.
Importez, relisez sur téléphone, ajustez (5 minutes)
L’import signale les erreurs ligne par ligne. Relisez l’aperçu côté téléphone : une réponse qui déborde sur trois lignes sur un petit écran est une réponse à raccourcir.
Le modèle de tableur se télécharge depuis l’espace enseignant : une colonne pour la question, quatre pour les réponses, une pour le temps, une pour la bonne réponse. Vous pouvez aussi importer l’un de vos Kahoot! en collant son lien : questions à choix, vrai/faux, diapositives, temps, points et vos images sont repris ; les types non pris en charge sont ignorés et signalés.
Kahoot! est une marque déposée de Kahoot! ASA ; QuizProf n’y est pas affilié.
Une fois écrit, un quiz ne se périme pas : vous le rejouez l’année suivante, vous le donnez en devoir avant le TD, et son lien de révision devient un support de flashcards. Les particularités du travail en amphi et en TD sont détaillées sur la page enseignement supérieur.
Questions fréquentes
Questions sur la conception d’un quiz
Faut-il noter les quiz de cours ?
Non, dans une logique formative. La note fait disparaître la prise de risque qui rend le quiz utile, et pousse à répondre au hasard plutôt qu’à révéler ce qu’on n’a pas compris. Gardez la note pour l’examen.
Combien de questions pour un quiz de cours ?
Trois à cinq pour un rappel de début de séance, cinq à huit pour une pause active, quinze à vingt pour un bilan de chapitre ou un devoir à la maison. Au-delà, l’attention décroche.
Combien de réponses par question ?
Quatre est le standard, mais trois suffisent souvent et se lisent mieux sur un téléphone : un distracteur que personne ne choisit n’apporte rien. Deux réponses ne valent que pour un vrai/faux assumé.
Le classement ne met-il pas certains étudiants en difficulté ?
Il peut, surtout dans un groupe qui se connaît. Trois réglages limitent ce risque : les pseudos tirés au sort, le mode précision, le mode équipes. Et une règle simple : commentez l’histogramme, jamais le bas du classement.
Faut-il refaire le même quiz plusieurs fois ?
Oui. Rejouer un quiz à deux ou trois semaines d’écart exploite l’espacement des rappels et vaut mieux qu’un quiz unique deux fois plus long. Relancer un quiz produit un nouveau code et un nouveau rapport.
Comment gérer une question ambiguë repérée en direct ?
Sautez-la sans compter les points, dites pourquoi, et corrigez-la avant la séance suivante. Le faire devant la classe renforce la confiance dans le dispositif : un taux de réussite faible peut venir de la question autant que des étudiants.
Écrivez vos dix premières questions
Reprenez un ancien sujet d’examen, importez-le depuis un tableur, et testez-le sur votre prochain cours : dix minutes de préparation, deux minutes de séance.